...Capucine Gruson : créatrice du bar à vin vegan "Raisin de plus"
- Estelle

- 30 avr. 2020
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 août 2020
"Ce qu'elle a vécu ce jour-là, aucun mot ne pourrait le décrire comme il le faudrait. Des moments prenants, forts, des moments indescriptibles que, même si elle le voulait, elle ne pourrait effacer. "

Bordeaux. Mardi 11 mars 2020. 10h30.
La porte du bâtiment de Capucine se referma derrière elle. En cette matinée, elle entamait un chemin qui allait concrétiser les derniers changements de sa vie. Entre la Porte de Bourgogne et le Grand Opéra de Bordeaux, une douce promenade la menait au cabinet de son notaire, lieu où elle devait enfin signer les documents qui officialiseraient l’achat de son local commercial. Bien qu’habituée à utiliser le vélo, ce matin-là elle ne prit pas le risque d’arriver rouge et trempée à un des rendez-vous les plus importants de sa vie. Marcher fut aussi un moyen de se vider la tête, d’arrêter de penser à un moment où son projet entrepreneurial y avait fait entrer tout un tas de choses.
Depuis début février, la remise des clefs, sans cesse reportée, avait mis du temps à arriver. Malgré tout cela, pendant ce trajet, Capucine tenta simplement de s’évader, de profiter de l’air frais bordelais qui lui était donné. Oui, l’air frais de cette ville qui l’avait accueillie en 2014 alors qu'elle arrivait de sa chère Champagne avec l’envie de réaliser un lointain rêve d’enfant : ouvrir un commerce lui permettant d’obtenir l’indépendance qu'elle recherchait depuis longtemps, le lycée certainement. Pourtant bonne élève au collège, elle s'était alors retrouvée désorientée entre ce qu'elle apprenait et ce que ses cours allaient concrètement lui apporter. Elle avait petit à petit perdue de vue l’intérêt du système scolaire, en tout cas tel qu’il existait.
Cependant, une seule rencontre avec un fleuriste avait suffi à la rebooster. Cet ami d’ami·e·s, dont elle a aujourd'hui oublié le nom, tenait un commerce, le faisait évoluer, et vivait même de son activité. C’était beau, vrai, tangible, c’était pour elle la possibilité d’une nouvelle voie à dessiner. Si en ce jour du 11 mars l’idée de vendre des fleurs ne faisait pas parti de ses projets, celle de développer son activité l’avait toujours été. Ce jour-là, son diplôme en entrepreneuriat, elle ne le regretta pas. Le déménagement, son orientation, chacun de ses choix la mena au même endroit, devant la porte de ce cabinet, non loin du Grand Opéra. À 11h, tous·toutes étaient là, le notaire, l’agent immobilier, le couple cédant, et un de ses deux associés, Guillaume, bien évidemment. Chacun·e prit place et s’en suivirent deux heures et demi de lectures et signatures. En Capucine émergea comme un étrange sentiment de déjà-vu, un rappel de la première fois où elle s'était retrouvée là, pour signer le compromis de vente à ce même endroit. Pourtant, cette fois, sa signature concrétisait les choses de manière différente. Elle allait sous peu repartir avec les clefs du bar à vin vegan dont elle avait tant rêvé.
En signant les derniers papiers, elle donnait vie à une ambition tant professionnelle que personnelle. Pour elle ce bar ne représentait pas seulement un travail, il mettait également l’accent sur l’aboutissement d’une conviction et d’une passion. Tout d’abord devenue végétarienne, puis par la suite vegan, elle avait mis un an et demi à assumer sa nouvelle alimentation. Pourquoi ? Parce qu'elle avait peur. Peur de ne pas être une assez bonne ambassadrice, peur d’être vue comme la personne chiante, ou simplement peur de créer une frustration chez les autres. Car elle se disait que parfois refuser, c’était gêner la personne qui avait proposé.
Mais ces peurs faisaient désormais parti du passé, et Capucine ne voulait plus se cacher. À cette conviction, s’était mêlée sa passion pour le vin, et de là, elle avait créé “Raisin de plus”. Un lieu mutuellement imaginé avec Guillaume et Dorian, ses deux associés. Chez le notaire, elles·ils n'étaient que deux, mais ce projet les liait bien à trois. Communiquer, partager, sur ces quelques mots tenait l’équilibre qu'elles·ils avaient réussi à trouver. Mais en rejoignant l’appartement de Guillaume après leur rendez-vous, l’heure sonna plutôt à la concentration. Certes, furent des moments où elles·ils rigolaient, où elles·ils se donnaient des idées, cependant chacun·e avait trois-quatre mails administratifs à envoyer. Aussi, la fin d’après-midi approchait, et avec cela le vide-local organisé. Plus tôt dans le mois, elles·ils avaient invité leurs proches et abonné·e·s Facebook à venir récupérer une multitude d’ustensiles d’occasion à petit prix, tel·le·s que de la vaisselle, de la décoration ou de l’électroménager. Ironie du sort : les cédants avaient malheureusement coupé l’électricité. Cela complexifia les choses, mais rien n’aurait pu les arrêter. Après leur consciencieuse pause-déjeuner, elles·ils se rendirent au 37 rue de la Fusterie. Au programme, mise en place de bougies et des premiers agencements pour accueillir dignement les arrivant·e·s. Capucine se rappelle encore d’une après-midi stressante, un stress pourtant oublié au moment même où le premier invité a franchi le seuil de la porte d’entrée. Au fur et à mesure de la soirée, elle n'a ressenti que joie et fierté. Ce qu'elle a vécu ce jour-là, aucun mot ne pourrait le décrire comme il le faudrait. Des moments prenants, forts, des moments indescriptibles que, même si elle le voulait, elle ne pourrait effacer.
Et aujourd’hui, malgré les instants de doutes, en partie liés à cette soudaine pandémie, elle se sent étrangement bien. Elle vit chaque jour avec la sensation que l’après sera comme l’avant, ponctué d'embûches, de temps en temps, mais pas assez pour lui faire oublier toutes ses ambitions.
POUR SUIVRE CAPUCINE ET "RAISIN DE PLUS"
Ouverture prévue prochainement dans le quartier St Michel...
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