...Patrick Cossart : primeur des "Chemins de la Ferme" [Talence]
- Estelle

- 15 oct. 2020
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 nov. 2020
"Parce que pouvoir activement participer à la création d’un monde qui commence à penser et consommer différemment, il le voit comme une chance, celle qu'il n'a pas laissé s’échapper."

Talence. Vendredi 29 avril 2016. 15h30.
Patrick s'extirpait d’une sieste plus ou moins reposante. Après avoir momentanément claqué la porte de ses tout-nouveaux locaux commerciaux, il profitait des quelques minutes de pause qui lui restaient afin de récupérer le stock de force nécessaire à la fin de cette journée. Ce vendredi fut le premier d’une longue série. Pas le temps de manger, ni d'avoir la moindre conversation avec les ami·e·s l'hébergeant. Tout juste relevé, qu’il fallut déjà repartir.
La dureté de l’après-midi à venir ne réussit pas à lui ôter sa fierté. À l’aube de ses 55 ans, cet ancien ingénieur agricole depuis quelques temps au chômage, avait longtemps recherché un nouveau travail sans succès. Une situation, révélatrice finalement, puisqu’elle lui avait permis de réaliser un rêve : développer lui-même sa propre activité.
Dans ses débuts, Patrick s'était simplement adapté au chemin tracé, tout en laissant vivre en lui une sensibilité liée au secteur agricole et à ses métiers. Aussi, grâce à son ancien emploi, il conservait de vieilles relations avec certain·e·s producteur·rice·s locales·aux, et gardait surtout le désir de faire évoluer, à son échelle, la distribution locale de fruits et légumes. S’approvisionner auprès des producteur·rice·s de sa région, distribuer des produits de saison, ou encore mettre en avant le savoir-faire de petit·e·s artisan·e·s, telles étaient ses ambitions. En favorisant l’achat en circuit court, Patrick souhaitait poser sa pierre à l’édifice de l’économie locale, et parallèlement réduire comme il le pourrait la pollution du long transport marchand. Ce créneau, il y tenait plus que jamais, et il s'était battu pour ne pas avoir à y renoncer. Parfois, lorsqu’on lui posait des questions, il disait :
“Les petits producteurs sont très attentifs à la valorisation de leur travail, c’est ce que je souhaite faire, les valoriser. Ce qui sera par contre plus difficile, c’est de faire concurrence aux grandes surfaces. Elles, elles achètent en gros, c’est plus pratique pour les producteurs. Moi, je leur prendrai cinq caisses, deux ou trois fois par semaine pour garantir de bons produits frais. C’est moins rentable sur du court terme pour eux. Mais en ce moment les façons de consommer évoluent, les gens sont à la recherche d’une meilleure qualité pour leurs produits et fuient petit à petit les grandes surfaces pour se rapprocher des commerces de proximité.”
Les trois mois suivant l’obtention de son local, Patrick avait entamé une course contre la montre pour transformer une ancienne boulangerie en un commerce visuellement loin d’y être ressemblant. Entre le carrelage, l’électricité, et le nouveau mobilier sur-mesure, le temps ne s’était pas laissé compter. Ainsi, en ce 29 avril 2016, son excitation lui avait presque fait oublier le dur lever de 4h du matin. Durant les toutes premières heures de la journée, avec le soutien d’une salariée et d’un conseiller en entreprise, il avait petit à petit rempli le magasin de fruits et légumes frais. Puis, dès 8h30, Patrick avait rapidement pu voir une petite masse de riverain·e·s aligné·e·s devant sa porte d’entrée.
À la suite de cette matinée et de sa pause-déjeuner, les moments défilèrent à une vitesse folle sans se ressembler. Et après avoir une dernière fois réajusté les emplacements de quelques aliments, Patrick clôtura plus calmement son activité. Il ferma ses locaux à double tour, et reprit fièrement la direction de l’appartement.
Trois ans plus tard, il ne regrette rien, bien au contraire. Malgré le décalage entre la rentabilité prévisionnelle et réelle, il ne voit toujours pas le temps passer. Tout l’investissement humain, bien qu’important, est compensé par un métier qui le satisfait amplement. Parce que pouvoir activement participer à la création d’un monde qui commence à penser et consommer différemment, il le voit comme une chance, celle qu'il n’a pas laissé s’échapper. Aujourd’hui Patrick gère deux points de vente, et a déjà contribué à la création de huit emplois. Il reste fier de son ancienne vie, dont il perçoit encore les bons côtés, mais est heureux de constater qu’un grand challenge a été relevé.
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