...Alexandra Neyroud : co-fondatrice de l'association RECUP'
- Estelle

- 29 mai 2020
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 oct. 2020
"Regardant de loin la vie commencée dans son Pas-de-Calais natal, Alexandra se laissa elle-même surprendre par le chemin parcouru jusque là. Là, pendue à son téléphone après des mois de réflexion collective sur la place du compost en milieu urbain."

Rhônes Alpes. 29 octobre 2018.
Le week-end avançait calmement chez les grands-parents Neyroud. Alexandra, à distance de ses quatre partenaires de l’association RÉCUP’, attendait que le son de son téléphone daigne enfin éveiller ses oreilles. Une sonnerie, une seule, suffirait à faire évoluer leur projet comme elles·ils l’avaient toujours espéré. Dans cette attente, l’impatience pouvait se lire à travers chacun des gestes d’Alexandra. La fête familiale organisée pour ses vingt et un ans arrivait deux jours après, mais rien ne lui enleva de son esprit l’annonce imminente des résultats pour le parcours d’accompagnement de projet “Les Audacieuses”.
Le jury avait eu lieu le 26 octobre, il fallait désormais rester maîtresse de sa patience. Un enchaînement de moments ponctués de stress, mais de nostalgie aussi. Regardant de loin la vie commencée dans son Pas-de-Calais natal, Alexandra se laissa elle-même surprendre par le chemin parcouru jusque-là. Là, pendue à son téléphone après des mois de réflexion collective sur la place du compost en milieu urbain. Un projet dont l’idée avait germé en mai 2018 sur une route direction la Dune de Pyla. C’était cheveux au vent qu’Alexandra et ses ami·e·s de Master s’étaient interrogé·e·s sur la l’impossibilité de collecter en ville les biodéchets. Venant tous·toutes d’un milieu rural, pour certain·e·s issu·e·s de familles agricoles, la question ne s’était jamais vraiment posée. La valorisation de ces déchets pouvait donc difficilement être oubliée. En effet, grâce à ses vertus, cette matière fertilisante, en plus d’être naturelle, pouvait se montrait économique pour tout·toute agriculteur·rice désireux·euse de l’utiliser. De cette réflexion était née cette interrogation : et si un circuit pouvait relier les biodéchets urbains aux terres agricoles les plus proches ? Alexandra s’était ainsi laissée collectivement emporter par cette question.
Durant sa dernière année d’études, l’idée de ce compost urbain valorisé avait alors rythmé les différents projets de Master sur lesquels elle avait dû travailler. Et en cette journée du 29 octobre, la jeune femme ne put s’empêcher d’en garder une belle fierté. En un claquement de doigt, la voix tant attendue fit grandir en elle, pour la première fois, une légitimité en tant que porteuse de projet. “Vous avez été sélectionnés”. Ces quelques mots suffirent à la faire passer d’un état de stress omniprésent, à une joie audiblement coupée de son. De nature à pleurer facilement, Alexandra ne chercha pas à faire autrement. Après ce court appel, elle reprit son sang froid, ses yeux rouges, son téléphone, et appela un·e à un·e les quatre autres fondateur·rice·s de l’association RÉCUP’. Ce fut une première victoire dans leur quête de valorisation d’un déchet trop souvent laissé à l’abandon, alimentant un système de collecte énergivore et polluant.
Ce projet, Alexandra l’avait toujours vu comme essentiel pour redonner un rapport à l’environnement, et comme un tremplin pour réduire significativement nos déchets. Certainement le fruit d’une enfance passée en harmonie avec la nature. Ces forêts, ces terrains, plus ou moins lointain·e·s, et au sein desquelles·els Alexandra avait pu être bercée. Même s’il fallait souvent un peu rouler pour parvenir jusqu’à ces doux coins de paradis, tous ces chemins l’avaient conduite dans un respect de tout ce qui pouvait l’entourer.
Encore aujourd’hui, Alexandra se rappelle des vieux jours de pluie. Ces jours, où bien plus jeune elle devait enfiler ses bottes, et se charger non sans broncher du dernier compost à vider. Elle se souvient d’une substance qui puait, et même plus, mais c’était comme ça, normal. Une normalité recherchée à travers ce fameux projet. Et même si Alexandra et ses ami·e·s ont parfois été vu comme des ovni·e·s, elles·ils en ressortent grandi·e·s, uni·e·s, et heureuses·eux de participer à la fin de quelques urbains aprioris.
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